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Article paru dans "Liberté Dimanche", n° 3188, 17 septembre 2000, "L'autobiographie d'une ville"

 

L'AUTOBIOGRAPHIE D'UNE VILLE

 

À L'OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE, LES DARNÉTALAIS VONT POUVOIR DÉCOUVRIR UN RECUEIL DE MÉMOIRES RÉALISÉ PAR LES ANCIENS. AVEC NOSTALGIE, CHACUN SE SOUVIENT, RACONTE SA VILLE, SA VIE ET SES NOSTALGIES.

"Vous savez, en 1931, pendant les Fêtes Jeanne d'Arc, les jeunes filles n'avaient pas le droit de sortir. Eh bien, comme votre grand-mère m'a prise sous sa coupe, ma mère a accepté que je sorte", se souvient le visage rayonnant Yvonne Guérillon en posant sa main sur celle de Denise. Cette petite dame de 84 ans discute avec son mari et une amie sur le parvis de la mairie de Darnétal. Elles sont venues hier matin assister à la présentation officielle de l'ouvrage dans lequel elles ont témoigné : "Les mémoires darnétalaises". Alors, voici encore une occasion de replonger dans ces souvenirs : "On pourrait encore causer pendant des heures", lâche Yvonne tandis que Denise parle de l'usine Tréfimétaux qui s'appelait au début : "Tréfileries et laminoirs du Havre", reprennent-elles en choeur.

Yvonne est l'égérie du projet de Jean-Marie Dehut, adjoint délégué aux affaires sociales : "Une tradition est perpétuée lors du 14 juillet : celle du legs de Risser, instauré par Gaston Risser, patron de la réglisserie. Un prix de vertu récompense ainsi le citoyen qui se soucie des autres." Yvonne a travaillé dans l'usine pendant quarante ans "et sa mémoire est fabuleuse. Chaque année, elle nous racontait toujours un peu plus d'anecdotes. Nous nous sommes rendus compte qu'il fallait absolument sauver ce patrimoine."

 

Tranches de vie

Amélie Girardeau, responsable des animations communales des anciens, est donc partie à la recherche de témoignages et a interviewé une trentaine d'habitants darnétalais, véritables racines de la commune. De la seconde guerre mondiale aux années 70, les "petites gens" revivent les événements, émus et nostalgiques. L'atmosphère de l'époque devient alors plus palpable et les images défilent à nouveau. "La chaleur humaine, la convivialité et l'entraide. Ce sont ces sentiments qui ont rythmé leur quotidien parce qu'ils étaient sédentaires et se connaissaient tous", résume Amélie. La ville était aussi beaucoup plus autonome. Hospice, usines, écoles, cafés, cinémas, laiteries, champ de courses : bref, un nombre incroyable d'activités. Darnétal n'était pas qu'une ville dortoir. On vivait ensemble, on travaillait ensemble et on s'amusait ensemble.

Mais, la gorge se noue lorsqu'il faut évoquer des tranches de vie plus douloureuses : celle de la guerre mais aussi celle de la reconstruction. "Le long du Robec, les baraquements étaient insalubres. La municipalité de l'époque a donc décidé de les détruire et les habitants se sont retrouvés du jour au lendemain dans une cité HLM. Le changement a été pour certains très difficile." Des sentiments qu'Amélie a donc retranscrits avec l'aide de l'écrivain Catherine Laboubée et de l'ensemble de la commission patrimoine créée pour l'occasion.

Satisfait, Jean-Marie Dehut espère tout de même que le livre, édité à 1500 exemplaires, suscitera l'envie à d'autres de témoigner. Etoffer encore la reconstitution et aussi "corriger les erreurs qui sont passées à travers les mailles du filet", insiste Yvonne, très consciencieuse. "La rue Louis Pasteur n'était pas appelée autrefois la rue du Chapon, mais la rue Chaperon". Nul doute, Yvonne déliera encore sa langue pour le second tome.

A.D.

 

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